Sable Emouvant

En étroite collaboration avec Marion GOMEZ, architecte D.E

Objet de toutes les convoitises, si l’on ne fait rien d’ici 2030, le sable ne sera plus qu’un lointain souvenir. Dragué, exploité, pillé pour satisfaire les besoins accrus dans le secteur de la construction, le textile ou encore l’électronique, le sable finira par s’épuiser et laissera derrière lui des paysages lunaires et des territoires rognés.

Le projet part de ce scénario catastrophe dans lequel le sable a totalement disparu de la planète. Bien plus que de construire un système qui permettrait d’empêcher l’arrivée du phénomène de perturbation, il s’agit ici de montrer comment une ville peut être capable de récupérer et de rebondir suite à ces dommages, tout en faisant de l’aléa un évènement positif.

Ce qui aurait pu être perçu comme une situation apocalyptique devient alors l’instigateur d’un renouveau grâce à l’anticipation d’une perturbation.

« La société du risque n’est pas une société révolutionnaire, elle est bien plus que cela : elle est une société de catastrophe. L’état d’exception menace d’y devenir un état normal.»

Beck, Ulrich, La société du risque. Sur la voie d’une autre modernité,

Paris, Ed. Flammarion, 2001, p. 143.

 Partant d’un scénario catastrophe dans lequel l’action de l’homme a remis en cause l’existence même du sable sur la planète, les deux thématiques choisies nous ont permis de pousser notre réflexion jusqu’à un stade très concret de projet: la question de la ville balnéaire sans plage et celle du matériau de construction sans sable.

Ce projet fait le va et vient entre la France et l’Inde, entre le Touquet et Mumbai exposant ainsi notre posture en tant qu’architectes sur un problème qui implique dès à présent une prise de conscience collective.

 

// LE TOUQUET – FRANCE

 

Le pillage de sable devenant de plus en plus intensif, la ville se retrouve immédiatement touchée car les plages qui constituent son principal atout économique, sont vouées à disparaître.

La ville doit alors se développer avec la conscience qu’elle ne pourra pas lutter contre la mer, en proposant des aménagements et activités qui évolueront au fil du temps et de la montée des eaux.

 

Le scénario proposé ici s’établit jusqu’à l’horizon 2300. Nous mettons en place une politique d’anticipation de la catastrophe afin de faire évoluer la ville et ses activités en même temps que la disparition du sable et la montée des eaux. L’enjeu majeur étant ici de conserver la notion de plaisir liée à l’idée du tourisme balnéaire. Nous avons alors travaillé sur des dispositifs pensés dans un cycle passé/présent/futur afin de ne pas lutter mais plutôt de gérer au mieux l’invasion de l’eau dans le territoire. Le but étant de prendre du plaisir dans les situations inédites crées par la disparition du sable et la montée des eaux.

 

 

 

 

 

// MUMBAI – INDE

 

Le pillage du sable est à son apogée en Inde et notamment à Mumbai. La course au grain de sable menée par la mafia depuis de nombreuses années a fini par engendrer un rognage du territoire très marqué, mettant ainsi en péril un nombre important d’habitants. Les populations les plus touchées sont celles des bidonvilles situés autrefois le long de certaines côtes.

Dans cet environnement en crise, des questions se posent alors. Comment reloger toute cette population qui se retrouve sans domicile et sans terre d’accueil tout en construisant vite, sans béton et sans sable?

Pour répondre à cette question nous avons mené toute une phase d’expérimentation sur la matière et le matériau. Une alternative au béton est donc pensée via le développement d’une brique réalisée en mycélium de champignon et par l’élaboration d’un module simple de construction. Ce dernier permet alors de proposer aux habitants un principe de système constructif simple et rapide à mettre en œuvre pour réaliser des habitations par leurs propres moyens.

 

 

Photographies : Elise TESSIER